Vendredi 29 avril 5 29 /04 /Avr 08:23

    Après avoir longtemps laissé les militaires s’occuper et aménager à leur guise  le site conquis de Rusicade, pour en faire une véritable forteresse autour de la ville et pour  se prémunir de l’ennemi extérieur et  des autochtones de Skikda, ils utilisèrent les pierres de la cité antique pour construire  des  casernes et des édifices indispensables au repeuplement de la ville par des colons, ramenés  de différentes régions de l’Europe.

    Là, ils commirent le pire des crimes en voulant effacer avec arrogance les traces d’une civilisation qui avait laissé ses empreintes dans cette région de l’ex Numidie, terre des Berbèro-arabes musulmans. Tardivement, l’empire français était revenu à la raison grâce aux critiques  des archéologues à travers le monde entier qui avaient crié au scandale de la démolition des vestiges historiques et dénoncèrent  la brutalité des militaires et du génie civil.

    Il a été enfin décidé d’installer un musée dans  la nouvelle ville coloniale baptisée  Philippeville. C’est ainsi que sous l’ordre du  ministre de l’Algérie et des colonies, le prince Jérôme Napoléon qui donnait instruction  au Préfet de Constantine M Toulgöel et au Maire de Philippeville  M A. Wallet pour bâtir un musée et  sauvegarder ce qui restait de cette richesse archéologique.  Le 20 juin 1859, un musée provisoire fut installé dans l’enceinte même du théâtre romain et confié à son conservateur provisoire, l’architecte Joseph Roger, qui avait selon les historiens contribué auparavant à la sauvegarde du site antique convoité par les bâtisseurs de la ville coloniale.

    Enfin, un vrai musée a vu le jour en 1898, construit entre les rues Vallet ( actuellement Kaddour Belizidia) et la rue Antoine Bruno ( rue Ali Abdenour ). A  son ouverture, le musée était supervisé par un historien français Stéphane Gsell, auteur de l’ouvrage «  l’atlas archéologique de l’Algérie ». Selon le « catalogue du musée archéologique de Philippeville » de Louis Bertrand, 1er conservateur officiel du musée et François Bertrand,

le musée était considéré comme le plus grand de l’Afrique du nord et possédait une riche collection. Il renfermait trois pavillons  à deux niveaux :  rez- de –chaussée et premier étage.

    Il possédait à cette époque - là 3000 pièces  différentes, provenant de découvertes faites au cours des constructions d’immeubles de la cité moderne,  dont 15 sarcophages, quelques mosaïques de belles factures, des fragments de statues, et plus de 200 épigraphes. Au centre de la salle du rez - de -  chaussée, se dressait une statue colossale de l’empereur Hadrien, un buste de Caracalla, la statue d’un géni et autres… Dans les vitrines, il y a avait des  ossements humains trouvés lors de la construction du square, au  bas de l’église.  

    Dans la salle du 1er étage, quelques tableaux de peinture, offerts par l’état ou des particuliers. Une autre salle renfermait des armes, souvenir de la conquête. Une salle rassemblant tous le  matériel  de pêche utilisé dans la baie de Philippeville, ainsi qu’une collection sur la faune marine de la région. Sur la façade du musée étaient  installées  avec bases et chapiteaux 18 colonnes en marbre de Filfila, et quatre autres en granit de 4 mètres de hauteur. Des autels funéraires en grès étaient déposés dans cet endroit.

    A l’intérieur du musée, des vitrines contenaient  un grand nombre d’objets en verre, récipients, urnes, miroirs etc… Dans un autre rayon, des objets en os et bronze, deux vases contenant de grains de blé,  un grand nombre de petites  statues, de lampes , de fragments divers de têtes de statues en marbre etc…

     Et revoilà encore la bêtise humaine et l’arrogance des colons français de Philippeville qui reviennent à la  charge pour commettre encore une autre bavure monumentale, celle de démolir en  1953 le musée et le remplacer sur ordre du Maire de la ville M Dominique Crevaux par un bâtiment, connu aujourd’hui sous le nom de « Immeuble les palmiers ».  Après la démolition, les pièces du musée ont été entreposées en divers endroits :  à l’hôtel de ville, au stade municipal  (actuel stade du 20 août 1955), dans les caves des bâtiments « HBM » et « HLM », dans le théâtre romain, dans la maison des domaines, aux pompes et funèbres des Allées barrot  et à l’intérieur du théâtre municipal.  


Le musée de Skikda.


    Après l’indépendance du pays et beaucoup plus tard, c'est-à-dire au début des années quatre-vingt, on découvre une partie de ce trésor par un pur hasard dans un hangar connu sous le nom de «  fabrique de pipes,  Vassas ». Les pièces de ce trésor furent enfin inventoriées en 1967 par la Direction nationale des Antiquités, des monuments et des sites historiques.

    Quelques années plus tard, la Direction des Antiquités avait délégué un spécialiste, accompagné par un expert de l’UNESCO, afin de faire un constat sur ce qui restait de ces collections internationalement connues.

    Les autorités de la ville et le ministère de la culture étaient donc contrains à trouver une solution pour retenir   un espace convenable afin de  sauvegarder le trésor et  le mettre à la connaissance du public, qui ignorait que la ville de  Skikda renfermait autant de richesses d’une époque qu’il découvre  plus - tard  dans les manuels scolaires.

    Le choix a été porté sur  la  rénovation du  « Chateau de Begana », connu aussi sous le nom de « Palais Merièm Azza », situé sur la route supérieur, allant vers le village historique de Stora, pour le recycler en musée. L’idée a été aussitôt abandonnée puisque la Wilaya de Skikda l’avait acquis pour le restaurer et  servir de « Villa d’hôtes ».

   En 1987 lors des aménagements et la construction de plusieurs infrastructures sur l’avenue du 20 août 1955, Hélas ! d’importantes  pièces furent abîmées, d’autres brisées et perdues à jamais. Apparemment ce trésor Romain et byzantin n’intéressait personne.  

    C’est à ce moment - là, que la Mairie de Skikda a décidé de mettre à l’abri les restes des vestiges. Elle chargea deux restaurateurs d’œuvres d’arts natifs de Skikda, afin de leurs soumettre des propositions pour recycler en musée provisoire les salles du sous - sol de l’ancienne poudrière de la marine française, devenu centre culturel.

    C’est ainsi que des salles au niveau du  centre culturel «  Ahcene Chebli » ont été réservées à ce projet afin d’accueillir enfin les vestiges. Les restaurateurs M Messikh Badreddine et M Graien Noureddine avaient nettoyé, lustré et classé les pièces selon leur époque et leurs dimensions.  La collection a été enrichie par des pièces de monnaies, des statuettes et d’autres  objets de valeur émanant des caves de la mairie,  où ils étaient entreposés et séquestrés sous la garantie d’un administrateur, conservateur des œuvres d’art.

    « Un guide du musée de Rusicade – Skikda » a été édité en 2006 par le comité des fêtes de la commune de Skikda. Conçu par M. Mahieddine Chebli qui avait  finalisé ce guide en s’imprégnant du  catalogue de Louis Bertrand et François Bertrand et aussi du remarquable travail des deux restaurateurs qui avaient agencé le musée.

     Il est évident que la collection du musée était amoindrie avant et après l’indépendance de l’Algérie par la détérioration,   la disparition  et le rapatriement de certaines pièces  en France.

     Il est question aujourd’hui de construire un vrai musée, digne de cette collection qui témoigne de  la présence d’une  civilisation qui autrefois avait marqué par son empreinte notre région. Selon des échos, l’étude a déjà été  réalisée, ainsi que le site retenu pour édifier ce musée. Il sera implanté dit-on à côté de la maison de l’enseignant, dans le site de l’antique  nécropole romaine.

     On conclut ce chapitre  par  l’évocation de  l’affaire des pièces archéologiques dérobées au musée de Skikda voila quelques années de cela. Une affaire que l’état en haut lieu avait pris  toutes les mesures nécessaires pour rapatrier de l’étranger  les quelques statues retrouvées. Mais au niveau du ministère de la culture, on décide de garder à Alger une des statues d’une grande importance. Il s’agit du buste de Marc Aurèle. L’argument avancé afin de  justifier cette mesure était pour des considérations sécuritaires. Mais ce que doivent savoirs les décideurs  du ministère , c’est que d’autres objets de la collection de ce musée sont d’une valeur aussi inestimable que la statue qu’ils avaient retenue dans un des musée d’Alger. L’idéal est de restituer ce buste, le jour de l’inauguration du futur musée de Skikda, bien sûr s’il voit le jour. En attendant de trouver et récupérer les autres vestiges qui sont toujours introuvables malgré l’appel international lancé par les autorités Algériennes.

      ,

Le jardin archéologique.

 

    J’ai mentionné plus haut que le théâtre romain était le 1er entrepôt où fut déposés des vestiges romains, Il se trouve que certaines pièces de ce trésor sont toujours dans cet endroit jusqu’à nos jours. Sauf que depuis 2007, un jardin a été aménagé dans l’ancienne pépinière mitoyenne du lycée Ennahda (ex collège de jeune fille, Maupas)   et que lors de la rénovation du théâtre romain, jusque là régi par la Mairie de Skikda, des pièces antiques de valeurs ont été étalées à ciel ouvert sous  des arbres, entre un aménagement floral. Peu de gens de la ville de Skikda sachent cela. Un magnifique espace où les visites sont encore interdites, en attendant la réception officielle  du théâtre par un organisme compétent de l’état.

 

Mouats Hafid, février 2010

  

theatre-romain-vue-du-ciel-02.jpg

          Vue aérienne du site théâtre romain et jardin archéologique


entree-du-musee-de-skikda.jpg .

      Entrée du musée de Skikda

jardin archéologique

      L'auteur du blog écolomafid dans le jardin archéologique.

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La statue de Marc Aurèle restera à Alger

Rusicade crie au scandale !

La restitution du buste aura laissé un goût amer chez la population. La pièce archéologique, tant attendue, ne retrouvera pas finalement sa place dans sa ville d’origine.

 

La célébration du mois du patrimoine à Skikda se fera sans la statue de Marc Aurèle, qui a pourtant été restituée aux autorités compétentes du pays. Ces dernières ont d’ailleurs donné à l’événement une envergure nationale en organisant une cérémonie officielle au musée des antiquités d’Alger. Seulement, un fait, et non des moindres, aura échappé aux personnes présentes à la cérémonie, à savoir l’absence des autorités représentant la ville de Skikda. Ni le président de l’APW, ni le maire n’ont jugé utile de se déplacer à Alger pour répondre à l’invitation qui leur a été faite par Mme Toumi. Un geste beaucoup plus symbolique que politique, car il faut reconnaître que la restitution du buste de Marc Aurèle aura laissé un goût amer chez les Skikdis, qui refusent ce fait accompli, en décidant de garder la pièce à Alger alors que c’est une propriété du musée local. « Tout en saluant les grands efforts fournis par le ministère de la culture pour rapatrier le buste de Marc Aurèle, nous aurions tout de même aimé que la statue puisse retrouver sa place dans sa ville d’origine » a déclaré M. Ghanaï, P/APC de Skikda. Lors de son intervention au musée des antiquités, Mme Toumi avait tenté, à travers un discours officiel, de justifier sa décision. Elle usera d’arguments et tentera de mettre en relief l’action d’Interpol et des services diplomatiques algériens, qui ont permis d’identifier et de rapatrier la pièce archéologique. Elle commencera par revenir aux conditions du vol de la statue avec huit autres, en rapportant qu’ « elles n’étaient pas dans un musée, mais dans un centre culturel géré par la commune, qui ne disposait pas des mesures de sécurité adéquates ». Ce qui est juste, mais en partie seulement, car les statues volées n’étaient pas dans un centre culturel mais dans le musée communal situé au sous-sol du centre. Dans sa logique, Mme Toumi révélera, par la suite, que « la situation a changé depuis 1996, car l’Etat a décidé de conserver les pièces de valeur dans des musées dignes de ce nom, gérés selon les normes juridiques et sécuritaires internationales ». Là-dessus, et sans vouloir mettre en doute les efforts consentis par le ministère de la culture, il serait bon d’apprendre que la situation du musée d’où avaient été volées les statues n’a pas changé d’un iota, et celui-ci continue à ce jour, d’accueillir les visiteurs dans les mêmes conditions. Ce musée abrite toujours, et comme il y a dix ans, des œuvres de valeur comme une statue du Dieu Mitra, une statue de Vénus, une autre de Bacchus, et il y a même une stèle funéraire, très rare, de la déesse Tanit. La décision du ministère de la culture de garder la statue de Marc Aurèle à Alger pour des considérations de sécurité sonne aussi, et surtout, comme un véritable aveu d’échec. Des années durant, et malgré une richesse indéniable, Skikda demeure encore le parent pauvre en matière d’investissement visant à protéger et à promouvoir ces biens. Ni les toiles de maîtres, ni les pièces archéologiques ne semblent convaincre encore le ministère de la nécessité de doter Skikda d’un véritable musée. Peut-être faudrait-il laisser voler ces richesses pour qu’elles puissent enfin attirer l’attention des hautes autorités du pays. Qui sait !

 

Par K. O.  correspondant à Skikda du quotidien "el watan"'

 

- Voici un blog qui a rassemblé des textes et des photos sur l'histoire de Skikda, ex Philipeville: Merci à Kamel Boussaboua pour ses éfforts et son excellent travail sur son blog : http://skikda.boussaboua.free.fr/skikda_histoire_01_toponymie.htm

 

https://www.facebook.com/pages/Skikda-Stora-Alg%C3%A9rie-site-et-forum-de-Kamel-Boussaboua/281519041921708

 

Par ecolomafid
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